Conservation, élevage, sélection et biodiversité de l'abeille noire européenne.

Tout savoir en deux minutes !

En quelques lignes, cette page vous propose un aperçu rapide de la problématique « abeille noire » en Wallonie.

Vous avez dit « abeille noire » ?

L’abeille mellifère est une espèce  très diversifiée présente sur la plus grande partie de la Terre. On en connaît au moins vingt-quatre sous-espèces. L’abeille noire (Apis mellifera mellifera) est la sous-espèce ouest-européenne de l’abeille mellifère. C’est l’abeille indigène en Wallonie. L’abeille noire est une abeille très rustique convenant bien au type d’apiculture pratiquée par la majorité des apiculteurs wallons (ruchers sédentaires conduits de manière plutôt extensive).

Une question de biodiversité

L’abeille mellifère est un des pollinisateurs les plus importants sur le plan économique; elle participe de manière importante au maintien de la biodiversité de la flore sauvage et à la stabilité des écosystèmes (concept de keystone species), donc à notre bien-être sur Terre.

Dans un environnement en perpétuelle évolution, le maintien de la diversité d’une espèce est indispensable à sa survie. A ce titre, toutes les races (sous-espèces) d’abeilles doivent être préservées, sans exception, y compris l’abeille noire pour ses qualités zootechniques et adaptatives, ainsi que pour ses caractéristiques évolutives originales.

Etat du cheptel et perspectives

Au XIXe siècle, la Wallonie disposait d’une population d’abeilles noires intacte distribuée sur l’ensemble du territoire. Cependant, la région n’a pas échappé aux tendances de fond observées au niveau européen : vers 1850, certains apiculteurs se tournent vers des races allochtones plus domestiquées et ayant déjà subi un travail d’amélioration génétique.

Les apiculteurs ne contrôlent pas l’accouplement de leurs abeilles et les abeilles indigènes se croisent alors avec les abeilles importées. Ces croisements et rétrocroisements conduisent à une dégradation du cheptel au profit d’une abeille abâtardie, souvent agressive.

Aujourd’hui, l’élevage de l’abeille carniolienne, caucasienne (autres sous-espèces) ou Buckfast (race synthétique) est de plus en plus pratiqué, au point que l’abeille noire est très introgressée (« croisée ») sur la plus grande partie du territoire wallon. La concurrence des autres races n’a jamais été aussi forte. L’utilisation continue de ces races finira par faire disparaître à tout jamais l’abeille noire, un patrimoine génétique irremplaçable.

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Zone protégée de Chimay

Depuis 2004, tout le territoire de l’entité communale de Chimay est une zone de protection pour l’abeille noire. Cette protection est organisée par un règlement communal qui prévoit que l’abeille noire est la seule abeille dont l’élevage est autorisé à Chimay. La zone protégée de Chimay est incluse dans une région plus étendue où l’abeille noire est encore bien représentée (au sud et à l’ouest de la ligne Couvin-Philippeville-Charleroi-Mons-Tournai). En 2015, la commune de Momignies, voisine de celle de Chimay, a pris des mesures de protection semblables à celles de Chimay.

Connaissances scientifiques récentes

Une collaboration scientifique est établie depuis 1993 avec Lionel Garnery, généticien au CNRS (France) et spécialiste de la biodiversité de l’abeille. Ses recherches montrent que l’abeille noire est encore présente dans la région de Chimay, que la population y est peu introgressée et qu’elle appartient à une sous lignée évolutive originale. D’autre part, Garnery insiste sur l’urgence de mesures de protection pour l’abeille noire parce que cette sous-espèce présente une variabilité génétique bien plus faible que celle des autres lignées évolutives.

Image de l’abeille noire

L’image de l’abeille noire parmi les apiculteurs est contrastée ; de manière générale, l’abeille noire subit les conséquences des croisements qui ont entraîné un comportement et une agressivité peu adaptés à l’apiculture actuelle ; on lui reproche aussi sa faible productivité. Cette mauvaise réputation faite aux abeilles abâtardies est un des facteurs responsables de l’attrait important exercé par les autres races. Mais une abeille noire croisée n’est pas une abeille noire !

Les apiculteurs qui participent aux animations de Mellifica sont très étonnés de constater que l’abeille noire promue par l’association est douce, facile à travailler et productive. En fait, ils constatent que l’abeille noire ne correspond pas du tout au portrait négatif colporté par la rumeur.

Par ailleurs, des apiculteurs, certes beaucoup moins nombreux, voient en l’abeille noire une richesse patrimoniale à conserver et éprouvent une réelle satisfaction à élever l’abeille de leur terroir. C’est la motivation essentielle des apiculteurs qui possèdent aujourd’hui de l’abeille noire et aussi d’une grande partie des débutants en apiculture.

Disponibilité de l’abeille noire

Le type d’apiculture pratiqué par les éleveurs d’abeilles noires et les caractéristiques biologiques de cette abeille (faible fécondité, population de petite taille) ont pour conséquence qu’il est difficile de se procurer des abeilles noires, ce qui accroît la concurrence des autres races, plus disponibles. Les apiculteurs n’éprouvent en effet aucune difficulté à acquérir des reines ou des colonies s’ils optent pour une race allochtone ou la souche Buckfast, ce qu’ils sont très tentés de faire, surtout depuis 1999 avec les pertes hivernales récurrentes.

Amélioration génétique de l’abeille noire

L’amélioration génétique de l’abeille noire en est à ses débuts. Quelques éleveurs de l’ASBL Mellifica ont obtenu de bons résultats, notamment pour la douceur. Il est aujourd’hui possible d’élever des abeilles noires douces et agréables à travailler avec les outils mis à la disposition des apiculteurs par l’ASBL Mellifica.

Une abeille rustique

Dans son aire d’indigénat, l’abeille noire fait preuve de grandes capacités d’adaptation et elle est très rustique. Cette abeille est une très bonne butineuse et pollinisatrice. Elle est dotée d’une grande puissance de vol et capable de voler par basse température. Econome, elle ne gaspille pas ses ressources et elle est plus résistante que les races importées.  Tout cela en fait une abeille qui convient bien à une apiculture durable, utilisant moins de ressources et d’énergie.