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Auvergne : étude du cycle biologique annuel (CBA) de l'abeille noire locale en 1999-2000

MALLET, N.; CHARLES, L. LPA des Combrailles, Rue Montaigne 63380 à Pontaumur (France)

Introduction

L'importation anarchique d'essaims et de reines de races étrangères reste une pratique courante dans la plupart des régions françaises. Sur le terrain, l'accouplement des reines d'abeilles n'étant pas maîtrisé, l'élevage, la multiplication et la diffusion de ces souches introduites génèrent des désordres génétiques qui mettent en péril l'abeille autochtone, à l'état naturel, dans de nombreux secteurs. Dans le Puy de Dôme, l'écotype " abeille noire locale " a fait l'objet d'une étude de population conduite par le lycée agricole de Pontaumur en 1990-1991.

Les résultats biométriques obtenus ont permis de préciser les principaux caractères morphologiques discriminatoires et mesurables de l'abeille noire. A partir de l'étude enzymatique, le taux d'hybridation des populations d'abeilles dans différentes zones du département a pu être estimé.

Fort de ces enseignements, et avant d'engager un important programme de conservation et de multiplication des souches pures identifiées, il nous a semblé indispensable d'étudier l'adaptation de l'abeille autochtone à son environnement. Ce travail réalisé en 1999-2000 précise les facteurs qui conditionnent le développement de la colonie, et permet de caractériser son cycle biologique annuel (CBA).

Méthode d'analyse

Support d'étude

Compte tenu du travail généré par les nombreuses mesures des différents critères retenus, une seule colonie a été suivie au cours de l'année 1999. La reine née en 1998 est issue de souches d'abeilles noires contrôlées biométriquement depuis 1993.

Choix de l'emplacement

La fréquence des manipulations, et la nécessité de posséder une alimentation électrique à proximité de la ruche (compteur d'abeilles) ont justifié son installation dans l'enceinte de l'établissement. L'ensemble des mesures ainsi que les relevés météorologiques ont donc été réalisés sur place. Le calendrier des floraisons a été établi, quant à lui, à partir d'observations effectuées dans un rayon d'une dizaine de kilomètres autour de Pontaumur.

Caractéristiques de la zone d'étude

• Zone de demi montagne sur le plateau des Combrailles au Nord-Ouest du Massif Central avec une altitude variant de 550 à 750 mètres.

• Climat semi montagnard à tendance océanique, assez rude et pluvieux notamment en période hivernale.

• Paysage très bocager composé de petites parcelles entourées de haies vives et une couverture végétale orientée essentiellement vers la production d'herbe (les prairies occupent entre 70 et 80 % de la SAU). Toutefois, les bois et forêts (principalement Douglas, Epicéas, Chênes et Hêtres) couvrent environ 30 % de la surface totale du territoire.

Critères de mesure

1 - Calendrier des floraisons

Les relevés effectués à chaque début de floraison, ont pour objectif d'étudier les corrélations entre le développement de la colonie et la présence à un moment donné de sources potentielles de pollen ou de nectar.

2 - Relevés météorologiques

Effectués quotidiennement vers 8 h 00 du matin, ils concernent :

  • La température minimale et la température maximale (exprimées en degrés Celsius) enregistrées sous abri météorologique;
  • La hauteur des précipitations (eau et neige) exprimée en mm.
3 - Les sorties abeilles

Ces relevés ont été effectués quotidiennement grâce à un compteur d'abeilles. Celui-ci, se compose :

  • d'un module d'enregistrement des informations (barrette métallique comportant 12 cellules photoélectriques),
  • d'un module d'affichage des informations (écran à affichage digital). Le module d'enregistrement est placé au dessus de la planche d'envol de la ruche (c'est la seule issue permettant aux abeilles de sortir ou d'entrer dans la ruche).

Les cellules enregistrent tous les passages d'abeilles lorsque celles-ci franchissent le seuil de la ruche. Le compteur ne fait cependant pas la différence entre les entrées et les sorties. Il est donc nécessaire de diviser par deux le résultat du comptage pour connaître le nombre de vols effectués quotidiennement par les abeilles. Nous utilisons dans l'étude le terme de "sorties abeilles".

4 - La surface du couvain

Ces relevés ont été effectués mensuellement (sauf pour les mois de juin et août où deux relevés ont été effectués) pendant la "période d'activité" de la colonie (de mars à août). Ils permettent de mesurer l'évolution de la ponte de la reine, qui conditionne le développement de la colonie.

Le couvain présentant une forme elliptique, la formule retenue pour le calcul de sa surface en dm2 est : (r x R) x 3,14 où r est le petit rayon de l'ellipse et R le grand rayon.

5 - Le poids de ruche

Relevé mensuellement au cours de l'année, il permet d'évaluer les quantités de miel consommées et produites par les abeilles.

Quelques précisions concernant les termes utilisés :

  • le "poids du corps de ruche" = poids du plateau + poids du corps (sans le toit) + poids des cadres bâtis vides.
  • Les poids et gains de poids de miel exprimés dans cette étude englobent en réalité le miel, le pollen, le couvain et les abeilles. En effet, ces différents éléments s'avèrent indissociables au cours de la pesée.
6 - Analyse pollinique du miel

Nous avons fait réaliser par l'AFSSA (Association Française de Sécurité Sanitaire des Aliments) une analyse de 2 échantillons de miel correspondant aux 2 récoltes de l'année (juin et août).

A travers l'identification et le dénombrement des différents pollens, ces deux analyses permettent de préciser l'origine florale des miels récoltés. Elles sont complétées par des examens physico-chimique et organoleptique qui peuvent caractériser la prépondérance de certaines miellées.

Présentation et interprétation des résultats

I - Activité de la colonie et météorologie
Analyse globale

6 843 128 : c'est le nombre de sorties abeilles constatées sur l'année.

108 710 : c'est le nombre de sorties maximales enregistrées sur une journée : le 2 juillet 1999. Conditions météo : T° maxi 36°, T° mini 7°, aucune pluviométrie, températures croissantes sur les 6 jours précédents, période de pluie du 25 au 30 juin.

15 jours dans l'année durant lesquels le compteur n'enregistre aucune sortie.

149 jours dans l'année durant lesquels le compteur enregistre moins de 1000 sorties.

18 jours dans l'année durant lesquels le compteur enregistre plus de 80000 sorties.

8°C, c'est la température au dessous de laquelle l'activité est nulle ou quasiment nulle sauf quelques exceptions : le 5 mars, T° = 7° sorties = 1023 et le 21 février, T° = 8° sorties = 2222

69 jours dans l'année où le nombre des sorties est compris entre 1 et 50

65 jours dans l'année où le nombre des sorties est compris entre 50 et 1000

52 jours dans l'année où le nombre des sorties est compris entre 1000 et 5000

57 jours dans l'année où le nombre des sorties est compris entre 5000 et 2000047 jours dans l'année où le nombre des sorties est compris entre 20000 et 50000

43 jours dans l'année où le nombre des sorties est compris entre 50000 et 80000

Les Tendances

• L'activité de la colonie est étroitement liée à la progression de la température maximale : si la température est croissante sur plusieurs jours, les sorties d'abeilles suivent cette tendance (et vice versa) Ex. : du 22 au 31 mai, du 8 au 12 juin.

• Les températures enregistrées durant la nuit (minimum) semblent renforcer ou au contraire infléchir la tendance induite par la température maximale : si la température maximale et la température minimale sont croissantes, alors l'activité sera plus importante que si la température maximale est croissante et la température minimale décroissante.

• On constate une remontée (supérieure à la période précédente), immédiate et temporaire des sorties après une période de pluie de plusieurs jours. Ceci est particulièrement vrai en plein été. Ex. : le 2 juillet, le 29 juillet. En effet, on peut penser qu'une pluie abondante à cette période de l'année favorise une production de nectar au niveau des fleurs, qui est immédiatement mise à profit par les abeilles.

• On observe distinctement sur les courbes d'activité les différentes périodes du cycle biologique de la colonie : reprise, pleine activité, régression et hivernage. Ces périodes sont détaillées ci-dessous.

Les périodes du cycle

o Reprise : MARS-AVRIL, caractérisée par

- une activité croissante mais très irrégulière car liée aux conditions météorologiques. C'est à cette période que la corrélation entre la T° maxi et les sorties d'abeilles est la plus importante,

- une moyenne de 14000 sorties/jour sur cette période (12,5 % des sorties annuelles).

activité de vol et météo de mars 1999 Activité de vol et météo de mars 1999

activité de vol et météo de avril 1999 Activité de vol et météo d'avril 1999

o Pleine activité : de début MAI au 15 JUILLET, caractérisée par

- une activité moins irrégulière que précédemment. Une corrélation moins importante entre la T° et le nombre de sorties car le niveau des températures est supérieur à la période précédente,

- une progression croissante de l'activité,

- une forte activité même les jours de pluie (averses),

- une période très favorable cette année là du 22 mai au 1 juin car :

  • précédée d'une période de pluie
  • associée à une remontée régulière des températures : de 16° à 33°C.
  • aucune précipitation durant cette période
  • progression régulière des sorties d'abeilles, de 57000 à 100000/jour sur cette période.

- une moyenne de 65000 sorties/jour sur cette période (72 % des sorties annuelles) avec des pics de 100 000 sorties/jour (100000 le 1 et 2 juin, 108000 le 2 juillet) et des points bas de 15000 à 20000 sorties/jour (17 mai, 5 juin, 4 juillet).

Activité de vol et météo de mai 1999Activité de vol et météo de mai 1999

Activité de vol et météo de juin 1999Activité de vol et météo de juin 1999

Activité de vol et météo de juillet 1999Activité de vol et météo de juillet 1999

o Régression : du 15 JUILLET jusqu'à fin SEPTEMBRE caractérisée par

- une diminution régulière du nombre de sorties, de 50000 au 15 juillet à 10000 fin août et 5000 fin septembre,

- une moyenne de 13300 sorties/jour sur cette période (14,8 % des sorties annuelles). Activité comparable à celle de la période de reprise en terme de sorties d'abeilles.

Activité de vol et météo d'août 1999Activité de vol et météo d'août 1999

Activité de vol et météo de septembre 1999Activité de vol et météo de septembre 1999

o Hivernage : de début OCTOBRE à fin FEVRIER caractérisé par

- un nombre de sorties quasiment nul. L'activité enregistrée sur le mois d'octobre (à une époque où les sources de nectar, de pollen ou de propolis sont inexistantes ou négligeables) est liée à de belles journées d'automne durant lesquelles les abeilles évoluent sur la planche de vol sans activité réelle de butinage ou de ramassage de pollen,

- quelques sorties de nettoyage si journée ensoleillée et T° supérieure à 10°C ex. : le 27 novembre, le 5 janvier,

- une moyenne de 373 sorties/jour sur cette période (0,70 % des sorties annuelles).

Activité de vol et météo d'octobre 1999Activité de vol et météo d'octobre 1999

Activité de vol et météo de novembre 1999 Activité de vol et météo de novembre 1999

Activité de vol et météo de décembre 1999 Activité de vol et météo de décembre 1999

Activité de vol et météo de janvier 2000 Activité de vol et météo de janvier 2000

Activité de vol et météo de février 2000 Activité de vol et météo de février 2000
II- Développement du couvain et floraisons associées

• Reprise de ponte : elle est constatée début mars grâce à l'apport de pollen de noisetier, puis se poursuit tout le mois d'avril grâce au pollen de saule et au début de floraison des arbres fruitiers. Toutefois la précocité de la floraison du noisetier entraîne parfois une reprise de ponte beaucoup plus tôt (janvier ou février si les températures sont clémentes). Celle-ci ne présente pas beaucoup d'intérêt pour la colonie, car elle se révèle dans la plupart des cas non viable : en effet, à cette période de l'année les ouvrières ne peuvent maintenir la température nécessaire au développement du couvain. Durant cette période (1er mars-30 avril) la surface du couvain est presque multipliée par 3 en deux mois : on passe de 16 dm2 le 3 mars à 45 dm2 au 24 avril.

Courbe d'évolution du couvain et des floraisonsCourbe d'évolution du couvain et des floraisons

• Durant la période suivante (1er mai-30 mai), la tendance s'accentue, l'abondance des sources de pollen potentielles (principalement les arbres fruitiers et le pissenlit) permet de multiplier en un seul mois la surface du couvain par 2 : on passe de 45 dm2 le 24 avril à 86 dm2 le 19 mai. Toutefois, il faut souligner l'aspect aléatoire de cette période durant laquelle cette manne n'est exploitée que si les conditions météorologiques le permettent. Dans le cas contraire, il n'est pas rare de constater des carences polliniques importantes à cette époque de l'année.

• Début juin, la courbe marque une pente beaucoup plus faible que précédemment tout en continuant de progresser légèrement jusqu'au 6 où elle atteint son maximum : 89 Dm2. La mesure effectuée le 19 juin fait apparaître une diminution sensible, mais néanmoins on constate que la période s'étalant du 19 mai au 19 juin correspond à la phase la plus stable de la surface du couvain, celui ci ne subissant durant cette période que de faibles variations (+ ou - 4 Dm2).

• Chute régulière de la surface du couvain sur la période du 19 juin au 8 août (-30 Dm2 du 19 juin au 11 juillet, -35 Dm2 du 11 juillet au 8 août). Il est à noter que les grosses rentrées de pollen d'été liées à la floraison des plantes de prairies (légumineuses) et de friches (ronces, chardons) n'ont qu'un intérêt limité, car elles arrivent à une période où le couvain est en forte régression . Les stocks non consommés risquent de moisir pendant l'hiver et ne seront d'aucune utilité à la colonie pour la période de reprise. Néanmoins, on peut penser que la récolte de ce pollen va favoriser l'élevage de larves et par conséquence la présence en nombre, d'abeilles d'hiver qui contribueront à une meilleure reprise de printemps.

III - Activité annuelle par quinzaine

On retrouve sur ce graphique les différentes périodes indiquées plus haut. Il met en évidence le gros volume de sorties enregistré de début mai à mi juillet, qui représente plus des 2/3 de l'activité annuelle; l'autre 1/3 s'étalant principalement sur les périodes de reprise et de régression (4 mois 1/2). A noter la période d'hivernage qui s'étale sur 5 mois, et pendant laquelle l'activité est proportionnellement nulle, comparée à celle de mai-juin.

Sorties d'abeilles par période de quinze joursSorties d'abeilles par période de quinze jours

On remarque la rapidité avec laquelle la colonie développe son activité entre la deuxième quinzaine d'avril et début mai (on passe de 357 000 sorties fin avril à 880 000 sorties sur la première quinzaine de mai) et l'absence de période de transition.On peut faire la même remarque en ce qui concerne la chute de son activité entre la première et la deuxième quinzaine de juillet (de 880 000 début juillet à 450 000 fin juillet).

1106025 c'est le maximum de sorties enregistrées sur une quinzaine (du 15 au 31 mai).

770 c'est le minimum de sorties enregistrées sur une quinzaine (du 1er au 15 décembre).

IV - Décomposition du poids de ruche

Quelques précisions concernant les notions de "poids de ruche" et "poids de miel" :

- Le "poids de ruche" est constitué du poids de corps de ruche (18,5 Kg), du "poids de miel" présent dans la ruche au moment de la pesée, du poids des hausses (6,1 Kg chacune) et du poids des récoltes (juin et août).

- Le "poids de miel" ne comprend pas seulement la quantité de miel stockée dans le corps et les hausses, mais aussi celles de pollen, du couvain ainsi que le poids des abeilles présentent dans la ruche au moment de la pesée.

Evolution du poids des ruches (1)Évolution du poids des ruches (1)

Evolution du poids des ruches (2)Évolution du poids des ruches (2)
Poids d'hivernage

Avant la période d'hivernage, on estime qu'une ruche doit peser autour de 31-32 kg (dont 15 kg de miel) pour ne pas risquer de disette. On constate que la ruche d'étude se situe parfaitement dans cette fourchette, et même un peu au dessus si l'on prend le mois d'octobre comme référence (15,5 kg de miel dans le corps).Les réserves présentes dans la ruche en février 2000 sont plus importantes que celles du même mois l'année précédente (11,5 kg en février 2000 contre 9,3 kg en 1999). On peut expliquer cette différence soit par une quantité stockée plus importante en 1999 qu'en 1998, soit par une consommation plus réduite sur l'hiver 2000-2001.

Pose des hausses et récoltes

La pose d'une hausse fin avril se justifie pleinement pour deux raisons :

- Augmentation importante du poids de miel enregistrée sur la période suivante

- Augmentation importante de la surface du couvain sur la période suivante pouvant entraîner un essaimage ou un blocage de ponte faute de place dans le corps de ruche.

La pose de la seconde hausse fin mai tombe à point pour accueillir l'importante quantité de miel (14,7 kg) emmagasinée par les abeilles durant la période suivante. La surface du couvain atteignant à cette période son maximum, le stockage à l'intérieur du corps devient alors impossible.

15,5 kg c'est le poids de miel restant dans le corps en octobre

10,6 kg c'est la quantité de miel récoltée dans la hausse en juin

11,9 kg c'est la quantité de miel récoltée dans la hausse en août

Ce chiffre de récolte (22,5 kg au total) peut être considéré comme légèrement supérieur à ce que l'on peut attendre d'une ruche moyenne pour une année "normale", sachant qu'aucun nourrissement spéculatif n'a été effectué sur cette colonie conduite en sédentaire. Cete colonie correspond bien au profil de l'abeille noire locale, qui tout en assurant des réserves suffisantes d'hivernage, produit tout de même une récolte intéressante.

Analyse pollinique du miel de printempsAnalyse pollinique du miel de printemps


Analyse pollinique du miel d'été Analyse pollinique du miel d'été
Production/consommation de miel

Le solde production/consommation de miel devient positif à partir du mois d'avril avec la floraison des arbres fruitiers; leurs pollens sont présent dans l'analyse pollinique de la première récolte. Il "explose" ensuite durant les mois de mai et juin, et stagne sur la période juillet-août. A partir de septembre, les abeilles commencent, et ce pour toute la période hivernale, à consommer plus de miel qu'elles n'en produisent.

Cependant :

- Il faut sans doute relativiser le gain de poids de miel enregistré sur la période du 24 avril au 19 mai (+ 12,4 kg entre les deux pesées) , car durant ce même laps de temps, la surface de couvain a presque doublé, engendrant un gain de poids non négligeable. Cette augmentation de poids n'est donc pas imputable au seuls apports de nectar dans la ruche.

- A contrario, le faible gain de poids constaté entre le 19 juin et le 8 août (+ 2,8 kg au total) est sans aucun doute nettement sous estimé. En effet dans la même période, la surface du couvain est divisée par 4, il parait évident alors, que le poids de miel emmagasiné dans les cellules, qui contenaient jusqu'ici du couvain, est venu se substituer au poids de ce dernier. Cette hypothèse est corroborée par la présence dans la récolte d'août de pollen de trèfle en quantité importante et dont le potentiel nectarifère ne s'exprime réellement qu'à partir du 15-20 juin. Le nombre important de sorties d'abeilles enregistré durant cette période (2 195 850) vient confirmer cette hypothèse.

- Le gain de poids enregistré du 19 mai au 19 juin (+ 14,7 kg de miel dans la ruche) est quant à lui plus proche de la réalité que les précédents puisque entre les deux mesures la surface du couvain n'a quasiment pas changée : 86,14 Dm2 le 19 mai contre 85,03 Dm2 le 19 juin.

+ 12,4 kg, c'est le gain de poids constaté entre le 24 avril et le 19 mai (sorties abeilles sur la même période : 1 284 487) : 103 587/kg.

+ 14,7 kg, c'est le gain de poids constaté entre le 19 mai et le 19 juin (sorties abeilles sur la même période : 2 255 961) : 153 466/kg.

+ 2,8 kg, c'est le gain de poids constaté entre le 19 juin et le 8 août (sorties d'abeilles sur la même période : 2 195 850) : 784 232/kg

V - Activité, couvain et production/consommation de miel

On remarque le décalage entre la courbe d'activité et la surface du couvain, qui correspond au temps écoulé entre le développement des larves et la sorties d'individus adultes pour le butinage. Ceci est particulièrement vrai entre le 19 mai, date à laquelle la surface du couvain est presque à son maximum, et l'explosion des sorties enregistrées sur la période postérieure à cette mesure (du 19 mai au 19 juin).

Activité - couvain - consommation mielActivité - couvain - consommation miel

Ce décalage est encore perceptible en juillet-août où la courbe de surface couvain chute avant celle des sorties d'abeilles dont la pente devient moins abrupt à partir du 11 juillet. La forte déclinaison précédent cette date peut s'expliquer par les conditions météorologiques assez défavorables (10 jours de pluie) durant cette période.

Malgré ce décalage, les deux courbes suivent les même tendances : progression violente et chute violente. On enregistre 5 mois de solde positif, 7 mois de solde négatif.

32,1 Kg, c'est le poids de miel gagné de mars 1999 à août 1999 (poids de miel présent dans le corps en août - poids de miel présent dans le corps en mars + récoltes de juin et août)

9,2 kg, c'est la quantité de miel "consommé" de septembre à mars

Synthèse

On reproche souvent à l'abeille locale d'avoir un démarrage assez tardif, ce que confirme en partie cette étude ; toutefois, la rapidité de son développement lui permet de concentrer son activité en période printanière. Il faut rappeler que les conditions météorologiques en Combrailles ne sont guère favorables à une reprise plus précoce qui risquerait de compromettre l'équilibre de la colonie. La production de miel est très dépendante des conditions climatiques qui peuvent être relativement différentes d'une année sur l'autre. Face à ses variations il faut bien reconnaître que l'abeille noire locale est particulièrement bien adaptée, en faisant en sorte d'être au maximum de son potentiel entre le 15 mai et le 15 juillet. Cette période est sans doute la plus favorable à l'activité de la colonie et la plus propice à une forte miellée. Néanmoins son développement est quand même assez avancé fin avril pour pouvoir bénéficier éventuellement de bonnes conditions météorologiques, comme ce fut le cas en 1999, afin d'emmagasiner une quantité de miel relativement importante sur la période fin avril-début mai. L'analyse aurait gagné en précision en multipliant les relevés surtout en période de plein développement. D'autre part, la quantification des apports de pollen et leur identification auraient permis de confirmer les grandes lignes du CBA et de préciser le potentiel pollinifère des espèces végétales recensées.

© MALLET & CHARLES, 2001 - Tous droits réservés

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