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Histoire évolutive de l'abeille mellifère

Ce texte a été rédigé sur la base de la publication suivante :

GARNERY, L.; CORNUET, J-M.; SOLIGNAC, M. Evolutionary history of the honey bee Apis mellifera inferred from mitochondrial DNA analysis. Molecular ecology (1992) 1, 145-154.

Introduction

L'histoire évolutive de l'abeille mellifère a été étudiée par l'analyse de l'ADN mitochondrial. L'hérédité maternelle de cet ADN le rend spécialement intéressant pour l'étude de l'abeille. Cet ADN est identique pour tous les individus de la colonie; l'étude d'une seule ouvrière revient donc à étudier l'ensemble de la colonie.

L'ADN mitochondrial de l'abeille est constitué d'une seule molécule circulaire d'environ 17000 paires de bases. L'étude a porté sur les sites de restriction enzymatique tout autant que sur la séquence des bases. Les colonies étudiées appartiennent à différentes sous-espèces (races).

Trois lignées évolutives

Les données recueillies permettent d'établir un arbre phylogénétique qui représente la parenté entre les échantillons (colonies), donc aussi entre les différentes sous-espèces (voir ci-dessous)

dendrogramme des trois lignées

En examinant le dendrogramme, on constate que les échantillons étudiés se rassemblent en trois grands groupes, ce qui suggère l'existence de trois lignées principales :

  • une lignée ouest européenne (M) incluant tous les échantillons français et certains échantillons espagnols,
  • une lignée africaine (A) incluant tous les échantillons d'origine africaine, avec en supplément quelques échantillons espagnols,
  • une lignée nord méditerranéenne-caucasienne reprenant les colonies du Caucase, d'Italie, de Suisse, d'Autriche…

La présence de colonies espagnoles dans deux lignées suggère un contact récent entre les races mellifera (Europe) et intermissa (Afrique). Le type intermissa domine dans le sud de l'Espagne, tandis que le type mellifera domine dans le nord.

Évolution des populations

On peut considérer qu'Apis mellifera est originaire d'Asie, région où vivent toutes les autres espèces du genre Apis. On peut aussi considérer que les Alpes, la mer Noire, la mer Caspienne et le Caucase ont été un obstacle à l'extension naturelle de l'abeille.

En considérant le Moyen Orient comme centre de dispersion de l'espèce, une hypothèse simple propose que la branche M résulte d'une expansion vers l'ouest en passant au nord des barrières naturelles et que les deux autres branches, C et A, auraient progressé plus au sud, le long des côtes du Golf Persique.

Une seconde séparation aurait eu lieu au niveau de la Méditerranée. Une partie a migré au nord de cette mer pour donner la branche C, l'autre par le sud pour former la branche A. Une fois séparées par la distance et les obstacles naturels, les différentes populations ont commencé à diverger progressivement.

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