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Comportement hygiénique : couvain tué à l'aiguille
Introduction
Le comportement hygiénique des abeilles est étudié depuis les années Trente; à cette époque, il s'agissait de vérifier si ce comportement pouvait apporter un moyen de résistance à la loque américaine. Avec l'apparition aux USA de la résistance aux antibiotiques utilisés dans la lutte contre la loque, les recherches ont trouvé un nouveau souffle. On a aussi remarqué que ce comportement permet aux abeilles de mieux se défendre contre les mycoses et la varroase. Il n'en fallait pas plus pour que de nombreuses études voient le jour ces dernières années.
Dans la perspective du travail de l'asbl Mellifica, il est intéressant de mieux connaître l'abeille noire du pays de Chimay en cette matière. Des tests et de nombreuses observations ont donc été réalisés en juin (période de miellée) et en août 2005 (absence de miellée).
Principe des tests
Le principe de base consiste à tuer des nymphes d'ouvrières (couvain operculé) et à mesurer l'aptitude de la colonie à nettoyer ce couvain mort. Cela implique trois comportements différents de la part de la colonie :
- identifier les alvéoles dans lesquelles le couvain est mort,
- désoperculer ces alvéoles,
- enlever la nymphe.
Certaines colonies peuvent, par exemple, désoperculer les alvéoles mais ne pas les vider (figure 1). Un comportement hygiénique parfait implique évidemment que la colonie vide complètement les alvéoles.
Figure 1 - Des alvéoles sont vides, simplement désoperculés ou seulement en cours de désoperculation
Mise en oeuvre
Un cadre de couvain bien operculé avec des nymphes aux yeux déjà colorés, mais qui ne doivent pas naître dans les 48 heures, est choisi dans la ruche et repéré à l'aide d'une épingle à boule (figure 2) afin de le retrouver le lendemain pour la lecture du test. Sur ce cadre, une épingle est enfoncée dans une alvéole et sert de repère pour percer sept alvéoles juste en dessous et en ligne à l'aide d'une épingle entomologique n° 00 : une ligne de deux, une de trois et à nouveau une de deux alvéoles sont percés délicatement. Cette opération est répétée à trois reprises sur le cadre de manière à percer 21 alvéoles au total (figure 3). Le cadre est alors replacé dans la colonie, au centre du nid à couvain.
Figure 2 - Une épingle à boule colorée dans le trou de passage du fil pour repérer un cadre
Figure 3 - Trois rangées de cellules percées sous la tête de l'épingle (deux + trois + deux)
Le lendemain, soit exactement 24 heures plus tard, la colonie est à nouveau visitée et les alvéoles tout à fait vides sont dénombrés. Le comportement hygiénique peut alors être exprimé par le pourcentage des alvéoles complètement vidées en 24 heures. La figure 4 montre une colonie avec un comportement hygiénique de 100 %.
Figure 4 - Deux plages de cellules désoperculées et vidées de leur contenu
Interprétation
Les colonies dont le pourcentage de nettoyage atteint ou dépasse 90 % sont considérées comme hygiéniques.
Le test du couvain tué à l'épingle laisse l'impression d'être trop optimiste et peu reproductible lorsque deux répétitions seulement sont réalisées. Son pouvoir discriminant est faible et donc sa capacité à identifier les colonies hygiéniques. Il est donc conseillé de réaliser plus de deux observations au cours de la saison.
La mise en oeuvre de ce test par un apiculteur est simple et rapide. cependant, comme il faut envisager plusieurs répétitions pour récolter des informations fiables, le travail d'évaluation devient vite assez lourd.
Après 24 heures, beaucoup de colonies apparaissent comme hygiéniques. Une manière de rendre le test plus discriminant consiste à faire la lecture des résultats plus rapidement, par exemple 18 heures après le début du test au lieu de 24 heures.
Depuis la réalisation de ces observations, d'autres travaux ont été publiés. Parmi ceux-ci "Breeding for resistance to Varroa destructor in Europe" de R. Buchler, S. Berg et Y. Le Conte. Ces auteurs expliquent que le test du couvain tué à l'aiguille est souvent préféré pour sa haute répétabilité et sa bonne corrélation avec l'enlèvement du couvain infesté par varroa. Pour obtenir ces résultats, il faut s'arranger pour obtenir un taux de nettoyage moyen (calculé sur toutes les colonies testées) de 50 %. Ceci implique de faire les comptages à des moments différents en fonction de la population étudiée, souvent moins de 24 heures après avoir percé les alvéoles, contrairement à ce qui a été fait dans les observations relatées ci-dessus. Un autre avantage du test du couvain tué à l'aiguille est la rapidité de mise en oeuvre et le nombre plus réduit de déplacements au rucher, surtout si le choix adéquat du moment de la mesure après avoir percé les alvéoles permet de ne pas répéter les tests.