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Comportement hygiénique : VSH
Introduction
Dans un contexte de lutte contre varroa assez difficile (résistance aux médicaments, pollution des cires), la voie de la génétique semble être la voie royale parce qu’elle offre des perspectives à long terme et dénuées semble-t-il d’effets secondaires néfastes. Pourtant, cette voie n’a pas encore donné de véritables résultats chez nous. La raison est simple : par quel «bout» faut-il pendre la question ? En d’autres mots, quel caractère sélectionner et comment ? La réponse à cette question n’est pas immédiate car la tolérance à varroa peut prendre une multitude de formes, mais surtout parce que pour sélectionner, il faut absolument des critères fiables et reproductibles qui permettent de «découvrir» les colonies ayant un caractère de tolérance. Il faut ensuite pouvoir reproduire ces colonies en tenant compte de la structure génétique des colonies et du déterminisme génétique du caractère à améliorer.
Les généticiens se sont attelés depuis plusieurs années à cette tâche et ont identifié plusieurs caractères intéressants, dont le VSH. Lorsque ce comportement a été découvert, les scientifiques l’ont appelé SMR pour «Suppression Mite Reproduction», soit suppression de la reproduction de l’acarien. Comme les colonies possédant ce comportement présentent un couvain dont les varroas se trouvent seuls dans les alvéoles, on pensait que ces colonies empêchent la reproduction du varroa.
Par la suite, on s’est aperçu que le SMR était en fait une forme de comportement hygiénique. Les abeilles sont capables de détecter les alvéoles dans lesquelles se trouve une fondatrice avec descendance et d’ouvrir ces alvéoles pour en extraire la nymphe. On a donc l’illusion que ces colonies ont des varroas qui ne se reproduisent pas. Le SMR a donc été rebaptisé VSH pour «Varroa Sensitive Hygiene», soit comportement hygiénique sensible à varroa.
Base de l’évaluation
L’évaluation du comportement VSH repose sur l’observation des varroas à l’intérieur des cellules operculées. Les nymphes de ces cellules doivent être âgées de 17 jours et plus (depuis la ponte). Il suffit alors de désoperculer les cellules du couvain en vue de vérifier la présence de varroas avec ou sans descendance.
Lorsque la fondatrice (femelle varroa qui se laisse enfermer dans une cellule de couvain en vue de s’y reproduire) a une descendance, on parle de varroa reproductif et lorsqu’il n’y a pas de descendance, on parle de varroa non reproductif.
Quand faire les observations ?
Il semble logique de faire les observations au moment où il y a le plus de varroas dans la colonie. Cette période se situe évidemment en fin de saison, juste avant les traitements d’été (comme le Thymovar cette année). L’avantage réside dans le fait qu’il faudra désoperculer moins de cellules pour observer les varroas étant donné qu’ils sont nombreux et donc qu’un plus grand nombre de cellules sont infestées. On peut aussi observer une colonie laissée sans traitement. En observant après un traitement, moins de cellules sont infestées et il faut donc en désoperculer plus pour pouvoir réaliser un nombre important d’observations.
En réalité, le couvain doit être récolté en fin de saison mais les observations proprement dites peuvent être faites bien plus tard. Il suffit de découper et de congeler un morceau de couvain. Pour ce faire, un couteau bien tranchant ou un cutter conviennent parfaitement. Si les fils sont épais, il suffit de découper le morceau de couvain en longeant le fil. L’ouverture des cellules et le comptage peuvent alors se faire à un moment où le travail au rucher laisse un peu de répit.
Importance de l’âge du couvain
Les abeilles VSH désoperculent les cellules avec un varroa reproductif lorsque la nymphe est âgée de moins de 17 jours. Nos observations doivent donc être réalisées sur du couvain plus âgé. Les nymphes de 17 jours et plus se reconnaissent aisément à leur couleur. Avant cet âge, le corps est blanc assez pur; par contre, plus tard, le corps devient légèrement bronzé et les articulations sont un peu plus foncées que le reste du corps (figure 5); les yeux de ces nymphes sont pourpres foncés.
Figure 3 - Nymphe au corps «bronzé» avec les articulations plus foncées (d’après http://www.ars.usda.gov)
Pour avoir à coup sûr du couvain de 17 jours et plus, il suffit d’introduire un cadre bâti dans le nid à couvain. Une semaine plus tard, on y délimite une zone contenant des larves naissantes. Il suffit alors de repasser 14 jours plus tard (14 +3-4 jours au total) pour avoir une belle surface de couvain âgé de 17 jours. Un système de punaises permet de délimiter la surface de couvain avec les jeunes larves (figure 4).
Figure 4 - Repérage des larves d’un jour sur un cadre à l’aide d’un système de punaises placées sur les lattes du cadre.
Matériel nécessaire
Les observations précises à l’intérieur des cellules nécessitent au moins une bonne loupe sur pied comme on en trouve facilement dans les magasins de matériel électronique (environ 35 euros). Un microscope stéréoscopique est évidemment bien plus confortable, mais son prix est plus dissuasif.
Un éclairage assez puissant et directionnel est indispensable (par exemple la lumière froide d'un appareil à inséminer). On trouve aujourd’hui des lampes à LED peu coûteuses dans le commerce; elles sont bienvenues, même si la loupe est dotée d’un éclairage intégré, souvent insuffisant pour l’observation de l’intérieur des alvéoles.
Enfin, une brucelle (pince à bouts fins) sert tout à la fois à désoperculer les cellules et à extraire la nymphe; l’utilisation d’un seul outil permet de gagner du temps. Les brucelles se trouvent notamment chez les revendeurs de matériel pour horlogers ou dans tous les magasins de matériel de labo.
Désoperculation
Les observations peuvent donc être réalisées sur du couvain congelé ou directement, dans après le prélèvement. Cette manière de procéder facilite les observations car les varroas sont encore vivants et donc mobiles; on les détecte plus facilement.
Les cellules sont désoperculées méthodiquement, une à la fois, rangée par rangée, dans la partie adéquate du couvain. Pour désoperculer rapidement, il suffit de suivre le bord intérieur de la cellule avec la pointe de la brucelle et aussitôt, on extrait la nymphe. Celle-ci est examinée pour détecter la présence de varroa et ensuite, le fond et les parois, de la cellule sont soigneusement examinés.
Quelle information enregistrer ?
Pour chaque cellule, on peut observer :
- soit une cellule ne contenant aucun varroa,
- soit une cellule contenant un seul varroa, une femelle fondatrice; on parle alors de varroa non reproductif (NR),
- soit une cellule contenant plusieurs varroas; on parle alors de varroa reproductif (R).
Il suffit de reporter ces observations sur le formulaire adéquat (>?page précédente) et de continuer le travail jusqu’au moment où 30 cellules infestées (avec un varroa reproductif ou non reproductif) ont été analysées.
Calcul du VSH
Suite aux observations, on dispose des données suivantes :
- le nombre total de cellules désoperculées,
- le nombre de cellules avec un varroa reproductif (R),
- le nombre de cellules avec un varroa non reproductif (NR).
Ces données permettent de calculer le taux de VSH :
VSH = 100*NR /(NR + R)
La meilleure colonie est celle qui a peu de varroas reproductifs, donc un taux de VSH élevé.
Quelles colonies observer ?
L’observation du VSH demande au moins une heure de travail par colonie. Pour réduire la charge de travail, seules les meilleures colonies du rucher sont examinées, par exemple 10 à 20 % des colonies selon la taille du rucher et le temps dont on dispose.
Et ensuite ?
Il reste à vous mettre au travail…
Si l’inespéré se produit et que vous découvrez une colonie VSH dans votre rucher (VSH > 50 %), il faut «chouchouter» cette colonie pour l’hiver et aussi pendant la saison suivante. L’idéal est de la mettre en ruchette sur une petite population pour l’empêcher d’essaimer. Tout ceci laissera le temps d’élever des filles sur cette colonie exceptionnelle !